Il y quatre-vingt-dix ans de cela, bien avant ma naissance, Ednel était une région mourante. Un fléau ravageait les campagnes et les villes, emportant hommes, femmes et enfants. Les nouveau-nés furent les premiers à succomber, leurs peaux noircissant avant de se nécroser sous le regard impuissant des parents. Puis, le mal se répandit, un désastre incoercible qui mena mon pays natal au bord de l’extinction jusqu’à ce jour saint: l’arrivée de l’Ordre de Veiel, notre salut. Ce groupuscule de mages et d’érudits se présenta comme une réponse à notre sombre destinée. Émergeant des tréfonds de notre cité mère, ils présentèrent une seule et unique solution : le Saint-martyr, un être pur et bon choisi par les dieux, réceptacle des maux nous accablant. Dans une mise en scène grandiloquente réunissant par missive du roi tous les vivants de notre belle région en un endroit clé. Les mages purgèrent le fléau avant de le canaliser dans une gemme écarlate. L’engeance, prisonnière de son cristal, fut alors plongée dans l’âme du premier martyr que l’on exila dans une terre lointaine. Nous étions finalement délivrés de la pestilence.

La décennie suivante fut l’une des plus fastes que connut notre région, les hommes étaient robustes et les femmes portaient la vie plus qu’il ne le fallait. Mais, vers la douzième année suivant le miracle de l’Ordre, le fléau resurgit. Cependant, l’espoir subsista dans le coeur du peuple d’Ednel car l’histoire nous avait offert une solution. Lors de la quinzième année suivant le premier Saint-martyr, l’Ordre de Veiel réapparut. Ses membres se présentèrent au chevet de l’unique fils du roi atteint par la pestilence, annonçant que les dieux avaient pris leur décision. Cette corruption, bien plus virulente que la précédente, demandait le sacrifice d’un souverain intègre et juste. Le monarque, terrassé par la condition de son fils, accepta. Sur l’autel du martyr et face au peuple, il fit jurer à nos bienfaiteurs de protéger le royaume à sa place jusqu’à l’âge de conscience de sa descendance. Ce jour connu sous le nom de Saint Uraïs amorça les cycles tels que nous les connaissons encore aujourd’hui.

Depuis lors, tous les douze ans, l’intégralité du peuple d’Ednel, une bougie à la main, se réunit devant le château du roi martyr afin de recevoir la bénédiction des érudits de l’Ordre de Veiel. Les dieux choisissent alors le porteur de l’engeance sans distinction de classe ou de rang, il peut être mendiant, roi, enfant ou vieillard. L’élu, élevé au rang de martyr, est ensuite envoyé en pèlerinage afin de porter le fléau loin de nos terres. Un voyage démarrant sous les bénédictions de la foule et se terminant à la frontière de nos contrées au pied de l’autel d’Ilhus, un lieu saint purifiant le corps et l’âme. Sa destinée accomplie, le martyr quitte ce plan d’existence afin de rejoindre les dieux dans la voûte céleste.

Sept cycles ont passé depuis le premier fléau et notre prospère royaume se voit de nouveau accablé, la crypte bordant l’autel d’Ilhus est sous le joug d’une malédiction. La zone rongée par un mal inexplicable subit une corruption violente accablant jusqu’à la nature elle-même. Les hommes, les animaux, les arbres, tout finit par dépérir dans une flétrissure viciée. Au milieu de ce chaos ont émergé soldats infernaux, squelettes, goules et autres créatures infâmes. Le démon arpente maintenant nos terres et le temps nous est compté.

Dans sa bonté infinie, l’ordre a recruté de valeureux héros prêts à risquer leur vie afin de repousser les armées décharnées frappant à nos portes. Aventuriers, mages, guerriers, forgerons et artisans se sont rassemblés au pied de la crypte afin de mettre un terme au fléau avant que celui-ci ne déferle sur nos contrées.